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... UN TEMPS EN SUSPENSION ...

J’entends parler de guerre, de front, de confinement, de survie et pourtant je ne vois rien de tout cela autour de moi. Je contemple le printemps qui est de retour, les murmures des oiseaux, les prunus et les cerisiers en fleurs, j’entends les rires des enfants qui jouent avec leurs parents dans les jardins… Le temps semble s’être arrêté, comme suspendu jusqu’à une date incertaine, lointaine, plus de voitures qui circulent, plus d’avions qui volent au-dessus de ma maison, un silence qui prend place dans ce temps en suspension.

Il est vrai que nous sommes en guerre contre un ennemi invisible, impalpable qui semble lointain et pourtant l’inquiétude et l’essoufflement des soignants grondent. Un conflit à huit-clos dans l’enceinte des hôpitaux, sans bruit, sans cris… dans la pâleur des lumières des couloirs, jours et nuits des médecins, des infirmiers, des aides-soignants déjà fatigués sont en lutte pour sauver des vies, pour préserver ce qui n’a pas de prix : l’humain.

Ce qui n’a plus de prix : la vie !

Un combat existentiel, qui nous ramène à l’essentiel. Le temps d’une respiration et… les lois du marché ne nous dictent plus la bonne conduite à suivre, les valeurs sont renversées, inversées, la croissance de la dette oubliée. La dette de la vie l’emporte, avec je l’espère le moins cher tribu à payer.

Dans cette lutte pour la vie des plus fragiles, un confinement à huit-clos s’improvise à la hâte pour retarder, ralentir la propagation d’un ennemi dont on ne sait, dont on nous dit que peu de choses. Une lutte contre le temps… un temps qui hier valait de l’argent, aujourd’hui qui n’a plus que la valeur du présent.

Alors dans ce temps bousculé qui s’accélère, s’arrête et se suspend, j’apprends à apprécier enfin le moment présent, l’ici et le maintenant. J’expérimente l’inconnu, je me réapproprie dans un sentiment d’étrangeté, comme à travers une forme d’irréalité, la lenteur et la douceur de vivre aux côtés des miens sans échappatoire.

La vie et la mort qui se font étrangement face, la mort certaine qui frappe là, à notre porte, et dont on repousse les limites avec une solidarité sans faille, tout en redécouvrant celle-là même qu’on veut sauver et dont la saveur semblait nous avoir échappé : la vie.

Je redécouvre alors ses valeurs qui me sont essentielles.

Loin de ce tumulte du quotidien de nos foyers bien organisés pour ne pas à avoir à regarder cette destination finale, loin de cette fuite à travers les habitudes, loin de cette course à la mondialisation, loin de cette guerre économique, loin de cette course à la rentabilité que l’on nous dit nécessaire. Et dans ce silence, cet instant suspendu face à l’incertitude, un souffle de vie s’élève au fond de moi et me dit que c’est possible. Cet être là qui m’apparaît pleinement, cet être de lien, avec les autres qui me dit que c’est possible d’affronter l’angoisse de la mort tout en célébrant la vie.

Et je me dis alors que c’est possible, c’est possible de vivre autrement…

Et j’entends l’appel de la force de la vie, comme celle de l’éveil de la nature dans ce doux printemps, la force de la sève qui coule à travers les arbres… Cet appel que l’homme de l’époque anthropocène sait encore écouter, placer envers et contre tout au-dessus de tout !

Et dans cette période inédite, il est rassurant de voir que l’homme malmené par l’économie de marché, l’homme placé comme un objet de profit, une marchandise parfois même, dont la valeur paraissait moins importante que les profits, l’homme a encore sa place face à ce combat pour la vie.

Que la solidarité de l’état providence est toujours là, que les valeurs de solidarité sont plus fortes… enfin, enfin que les profits. Qu’un virus lointain venu de Chine nous rappelle alors la valeur de l’existence humaine.

Alors, il est certain qu’il y aura un avant et un après comme notre Président l’a déclaré aux français, mais nous nous devons d’être à la hauteur de cet après, nous nous devons d’être à l’écoute de cette expérience vécue et de cette espérance née en chacun de nous.

Nos capacités de résilience, notre adaptabilité, notre créativité nous le prouvent, nous pouvons les redéployer en dehors de cette crise sanitaire et enfin ouvrir les yeux sur nous-mêmes, les autres et le monde comme si c’était la première fois.


Dans ce temps en suspension… Il y aura un avant et un après, un après qui est à reconstruire plus que jamais dans l’instant présent avec cette responsabilité de ne plus jamais perdre nos valeurs existentielles.

Aurore Monti

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​© 2018 par Aurore Monti Sophrologue à Besançon